Nouvelles réglementations des courses hippiques : vers plus de considération du bien-être équin dans le sport et le droit ?
Par Maéva Crausaz, le 13 avril 2025
Par Maéva Crausaz, le 13 avril 2025
Lors d’une Assemblée générale extraordinaire tenue le 15 juillet 2024, l’Union Européenne de Trot (UET) a voté en faveur d’une nouvelle disposition concernant l’usage de la cravache lors des courses hippiques de trot[1]. Cette réforme pourrait marquer une avancée significative en matière de protection du bien-être équin, tant dans le domaine sportif des courses hippiques que juridique.
Le 15 juillet 2024, l’UET, regroupant 22 pays membres, dont la Suisse, a adopté à l’unanimité une nouvelle disposition concernant l’usage de la cravache dans les courses de trot. L’objectif est de mettre l’accent sur le bien-être animal et d’ainsi améliorer l’image des courses. Deux principes majeurs ressortent de la nouvelle formulation de cette disposition. Le premier principe étant que la cravache, bien qu’ayant une fonction de sécurité pour le jockey ou le driver[2], ne sert pas à frapper le cheval. Le deuxième principe étant que le jockey ou le driver n’a le droit de solliciter le cheval avec la cravache uniquement par un mouvement du poignet, le mouvement du coude et/ou de l’épaule étant strictement interdit[3].
Certains pays membres de l’UET, tels que la Suisse, les Pays-Bas, l’Allemagne et des pays nordiques, appliquaient déjà des règles similaires avant ce 1er avril 2025. Pour la Suisse, cette nouvelle disposition de l’UET que les autres pays membres devaient transposer dans leur réglementation nationale d’ici au 1er avril 2025 ne modifie donc pas la réglementation en vigueur[4]. Cependant, pour d’autres pays membres, cette réforme entraîne une adaptation significative des réglementations. En effet, la France, par exemple, a dû adapter son règlement de courses de trot, et à partir du 1er avril 2025 l’utilisation de la cravache pour frapper le cheval est interdite[5]. Jusqu’alors, sept coups étaient autorisés dans les 500 derniers mètres de courses[6].
Le bilan de la première journée de courses avec le nouveau règlement en France illustre l’importance de ce changement pour le bien-être équin. Malgré la connaissance des nouvelles règles, lors des deux premières réunions (une journée de course à Lyon-Parilly et une à Vincennes), 8 jockeys, concourant lors de 6 courses différentes, ont été sanctionnés[7]. Ce chiffre est cependant aussi à voir avec espoir, car il montre que la grande majorité des jockeys ont respecté le nouveau règlement en vigueur.
Du côté des courses hippiques de galop en Suisse, l’annexe XX du 27 mars 2024 du Règlement pour l’élevage et les courses de Galop interdit désormais de frapper le cheval avec la cravache. Il autorise uniquement son utilisation sur l’épaule du cheval en cas d’écart, soit un bond soudain sur le côté, ou avant un obstacle lors d’une course de haies. Dans ces cas, la cravache ne doit toutefois pas servir à frapper le cheval, mais uniquement pour lui indiquer une direction[8].
L’utilité de la cravache est de plus en plus remise en question. Plusieurs études scientifiques récentes ont mis en évidence que son utilisation n’a pas d’impact significatif sur le classement ou sur la performance du cheval, et que l’épaisseur de la peau des chevaux ne diffère pas beaucoup de celle des humains, ce qui pourrait les faire ressentir une douleur similaire à la nôtre.
Une étude menée entre 2017 et 2019 a comparé des courses avec cravaches (whipping-permitted races) avec des courses où les jockey ou driver ont certes une cravaches avec eux, mais ne peuvent pas l’utiliser (whipping-free races). Cette étude visait à tester l’hypothèse selon laquelle l’utilisation de la cravache dans les courses hippiques serait essentielle pour l’intégrité des courses, notamment en matière de sécurité, de direction et de performance. Les résultats de cette comparaison ont cependant démontré que l’utilisation de la cravache n’influençait pas les incidents à signaler, les déviations à gauche ou à droite lors de la course, les interférence entre chevaux, les comportements des jockeys, ni même le temps de course à l’arrivée[9]. Son usage ne semble donc pas améliorer ni la sécurité, ni la direction ou la performance lors des courses. Le professeur McGreevy, un des professeur ayant mené l’étude, s’est exprimé à propos de cette étude en disant qu’elle montre « clairement que l'utilisation de cravaches dans les courses de chevaux est inutile, injustifiable et déraisonnable »[10].
Une autre étude s’est penchée sur la sensibilité des chevaux à la douleur, notamment en relation avec l’utilisation de la cravache dans les courses hippiques. Elle visait à tester trois hypothèses. La première étant les chevaux auraient une couche épidermique plus épaisse que les humains, la deuxième étant que les chevaux auraient également une couche dermique plus épaisse que les humains et la troisième étant que les chevaux auraient une moindre densité de nocicepteurs dans l’épiderme que les humains[11]. Les résultats de cette comparaison ont démontré que l’épaisseur de l’épiderme est similaire chez les chevaux et les humains, mais que le derme était en effet significativement plus épais chez les chevaux que chez les humains. Concernant, la densité des nocicepteurs, aucune différence significative n’a été révélées. L’étude a révélé que bien que le derme soit plus épais chez les chevaux, il ne changeait pas la perception de la douleur, car les nocicepteurs se trouvent dans l’épiderme qui lui est similaire à celui des humains. Contrairement aux croyances, les chevaux seraient donc susceptibles de ressentir la douleur de manière similaire aux humains[12].
La nouvelle disposition adoptée par l’UET concernant l’usage de la cravache marque une étape importante vers un sport plus respectueux du bien-être équin. L’évolution de la réglementation des courses de galop va également dans ce sens en Suisse. Lors de l’assemblée générale ordinaire de Galop Suisse, il a d’ailleurs été évoqué en lien avec les décisions à prendre quant à l’interdiction de l’utilisation de la cravache, qu’il fallait partir du principe que l’Ordonnance sur la protection des animaux (OPAn) interdira à terme l’utilisation de la cravache dans les sports équestre[13]. Une telle évolution de l’OPAn permettrait d’harmoniser les pratiques à l’échelle nationale, en garantissant des standards éthiques communs à toutes les disciplines. Elle contribuerait non seulement à une meilleure prise en compte du bien-être équin dans le sport et dans le droit, mais aussi à une amélioration de la perception des courses hippiques et des sports équestre en général.
Thompson Kirrilly/McManus Phil/Stansall Dene/Wilson Bethany J./McGreevy Paul D., Is whip use important to thoroughbred racing integrity? What stewards’ reports reveal about fairness to punters, jockeys and horses in : Animals, 2020, vol. 10, no 11, article 1985, accessible sur https://sciprofiles.com/publication/view/0c35fdac881631904ec07cfc2a78e996, (consulté le 02.04.2025).
Tong Lydia/Stewart Melinda/Johnson Ian/ Appleyard Richard/Wilson Bethany/James Craig/McGreevy Paul D., A comparative neuro-histological assessment of gluteal skin thickness and cutaneous nociceptor distribution in horses and humans in : Animals, 2020, vol. 10, no 11, article 2094, accessible sur https://www.mdpi.com/2076-2615/10/11/2094, (consulté le 02.04.2025).
Accord international sur les courses de trot (de l’UET), accessible sur https://www.uet-trot.eu/content/uploads/2025/03/Accord_2025_FR-1.pdf.
Code des courses de trot (France), accessible sur https://www.fnch.fr/code-courses-hippiques.
Règlement pour l’élevage et les courses de galop (Suisse), accessible sur https://galop-suisse.iena.ch/wp-content/uploads/2025/03/GRR-2025_01.03.2025.pdf.
Annexe XX y relative, accessible sur https://galop-suisse.iena.ch/wp-content/uploads/2024/03/Anhang-XX-Peitschengebrauch-27.03.2024.pdf.
Procès-verbal de la 26e assemblée générale ordinaire du 9 mars 2024, accessible sur https://galop-suisse.iena.ch/wp-content/uploads/2025/02/1_Dokumentation-zur-27.-ordentlichen-GV.pdf.
[1] Communiqué de presse concernant l’adoption de nouvelles dispositions concernant l’usage de la cravache lors de courses de trot, 20240715_UET_PRESSE-RELEASE.pdf, (consulté le 02.04.2025).
[2] Le jockey est la personne qui monte le cheval lors d’une course hippique.
Le driver guide depuis un sulky le cheval lors d’une course hippique attelée.
[3] Ibidem ; art. 4 de l’accord international sur les courses de trot.
[4] Communiqué de presse concernant l’adoption de nouvelles dispositions concernant l’usage de la cravache lors de courses de trot, 20240715_UET_PRESSE-RELEASE.pdf, (consulté le 02.04.2025).
[5] Art. 73 du code des courses de trot.
[6] L'utilisation de la cravache : un profond changement d'usage | LETROT, (consulté le 02.04.2025).
[7] Cravache : quels retours du jour 1 ? | LETROT, (consulté le 04.04.2025).
[8] § 1 de l’annexe XX au règlement pour l’élevage et les courses de galop.
[9] Thompson, McManus, Stansall, Wilson, McGreevy, p. 1; 11.
[10] First conclusive evidence horses hurt by whips, whips don't aid jockeys - The University of Sydney, traduit par Deepl (02.04.2025).
[11] L’épiderme est la couche externe de la peau et le derme est la couche juste en dessous de l’épiderme.
Nocicepteur = Terminaison nerveuse capable de transmettre les stimulations génératrices de douleur (définition Larousse).
[12] Tong/Stewart/Johnson/Appleyard/Wilson/James/Johnson/McGreevy, p. 3; 11.
[13] Procès-verbal de la 26e assemblée générale ordinaire du 9 mars 2024, Galoppp Schweiz, p. 9.
Source de l’image : Cheval De Course Courses - Photo gratuite sur Pixabay